"FABRICA" - Nicolas PRESL

Comme à l'accoutumée, Nicolas PRESL nous kidnappe sans plus nous relâcher et nous embarque dans son univers à la tristesse insondable.
Maître de la BD muette, il signe avec "Fabrica" une incursion magistrale dans l'univers concentrationnaire de la société industrielle des années 30, reflet d'un monde qui sombre dans l'intolérance et la ségrégation. Au cœur de ce climat délétère s'amoncellent une myriade de vies brisées, d'individus isolés, malmenés, totalement pris dans la gangue d'une société aussi froide, rigide et destructrice que l'Industrie qui l'anime.

Les destins croisés d'un homme et d'un enfant qui, tous deux dans la détresse,  décident de s'unir et se faire confiance, sont alors comme une plante sauvage poussant au milieu des machines : une touche de lumière, d'autant plus vive qu'elle est une exception, un élément incontrôlable et libre, qui se plie, se contorsionne pour grandir, une chose précieuse mais fragile, toujours à la merci de l'idiotie et de la cruauté.

Sous couvert d'une référence claire aux "Temps Modernes" de CHAPLIN et à l'art de PICABIA, c'est bel et bien l'air des grandes tragédies et des mythes antiques que "Fabrica" nous insuffle.

Nicolas PRESL, Fabrica, 2009, Atrabile